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La Poussière du Temps

Lorsque j’ai créé mon magasin d’Antiquités Brocante, à Cormatin, j’ai cherché un nom à ma boutique ; je voulais quelque chose qui illustre de façon poétique mon activité. Précédemment  à Cluny, j’avais créé « Le grenier de Catherine » mais l’originalité n’était pas des plus innovante !

J’ai été tentée par « Le bazar des Rêves » (roman de Stéphen King ) puis je me suis arrêtée à « La Poussière du Temps »

Au sens propre, cela me permettait de ne pas être trop regardante sur le ménage…..et au sens figuré, la poussière n’est-elle pas la particule infinitésimale de tout ce qui a existé. Même l’être humain retourne en poussière .

Pourquoi la Brocante existe et existera toujours ?  parc qu’il y a mille et une raisons pour aimer et être attaché passionnément aux objets du passé.

Dès son plus jeune âge, l’enfant a les réflexes de collectionneur, il a son doudou, ses poupées ou petites voitures, ses peluches.

Ils servent de rempart à sa sécurité et matérialisent son univers. Il reste parfois attaché à l’un deux jusqu’à la pré puberté.

Je me souviens parfaitement que lors de mes vacances de mes 13 ans, je suis partie avec mes poupées, et qu’au retour, elles ont été remisées au haut du placard ! je les avais remplacées par les garçons !

Si l’enfant est collectionneur, il est très rarement amateur, la notion de qualité esthétique ne l’intéresse pas. Il est rare qu’il continue à collectionner pendant la puberté. Les soldats de plomb iront au grenier, et la collection de timbres vendue pour s’acheter une mob !

Bien sur, l’hérédité et le facteur culturel joueront un rôle important pour le gout de la collection ou de l’objet ancien.

Le goût de l’ancien s’oppose par son caractère conservateur, donc rassurant, à l’aventure permanente que représente la création nouvelle.

Mais personnellement je n’oppose pas l’ancien et le moderne….

Je pense que la création ne peut s’appuyer que sur les acquis de notre culture. Il n’y a qu’à étudier les grands peintres contemporains. Picasso en est l’exemple type. Sa période bleue est ultra classique, c’est une fois acquis les grandes bases classiques qu’il a laissé libre cours à sa créativité délirante .

 Mais revenons à notre brocante…..

Collectionner tableaux, meubles, objets précieux, bijoux , argenterie, livres, photos, jouets, poupées, voila un vice exquis…..

Comment évolue la mode ?  Y a-t-il des valeurs sures ? est-il possible de s’enrichir en collectionnant les objets ?

La cote de l’objet : le prix de toutes choses à vendre s’établit à la suite du calcul qui consiste à additionner au prix de revient, le bénéfice. Le prix de revient comprend la matière première, le salaire de l’exécutant, l’amortissement du matériel et des charges de l’affaire.

Matière première,+ salaire+ amortissement+ charges= prix de revient.

Alors naturellement, s’il s’agit d’un article industriel ou artisanal, le calcul sera aisé ; mais comment déterminer le plus exactement possible le prix d’un objet sorti depuis des années, voire des siècles  des mains de son fabricant ?!

Pour établir son prix de vente, un bon marchand, c'est-à-dire celui qui aime ses objets autant que ses clients, doit imaginer un chiffre suffisamment important pour se consoler d’être contraint de quitter un ami si cher.

Il y a aussi bien sur, la pratique qui consiste simplement à multiplier par deux le chiffre d’acquisition en y ajoutant 50%.

Mais tellement de facteurs entrent en jeux qu’il est difficile de fixer la règle. C’est d’ailleurs ce qui fait tout le charme de la chine ; que ce soit dans un magasin ou sur une foire. Quel plaisir d’avoir l’impression d’avaoir fait une affaire, en achetant pour trois sous l’objet de ses plaisirs !

Si vous êtes un bon chineur, il faut se lever tôt…

Il m’est arrivé souvent de voir un de mes objets acheté par un collègue le matin et qui sera revendu quelques heures plus tard, avec une confortable marge

La connaissance de l’objet, de son intérêt et de sa valeur actuelle sont les principales qualités d’un bon chineur.

Si c’est un marchand, c’est signe qu’il fait bien son métier et qu’il a l’œil et la connaissance ; si c’est un collectionneur ou un amateur particulier, j’en suis heureuse également, car je sais que l’objet fera son bonheur et repartira vers une nouvelle vie.

Le marché de la poupée ancienne est extraordinaire au niveau humain ; car le fait d’aimer les poupées n’est pas anodin au niveau psychologique ; et bien souvent c’est tout juste si je n’allonge pas mes clientes sur le divan….. car automatiquement ils me confient le pourquoi de leur désir de poupées.

Les unes, parcequ’ elles n’en ont jamais eu dans leur enfance ; d’autres parce que leur maman les a mis à la poubelle, ou alors parce que la grande sœur a cassé la poupée….

Il y a aussi des hommes collectionneurs de poupées, souvent aussi des couples.

Lorsque je conduit le client dans la pièce aux poupées, souvent je vois le ravissement qui les atteint. Toutes les bouffées de leur passé et de leur enfance qui ressurgissent :

« Oh, c’est mon Gérard… » s’exclame la brave sexagénaire se précipitant sur le baigneur en celluloïd…..

Une fois que le virus de la collection est pris, c’est incroyable les véritables folies que cela peut engendrer…

Pour embellir sa poupée, il lui faut une belle perruque d’anglaises en cheveux naturels, culotte et chemise brodée, belle robe, chaussures en cuir, socquettes crochetées, chapeau garni de rubans et dentelles, jusqu’aux gants ou mitaine faites mains, sans oublier les boucles d’oreilles. Le tout peut monter à plusieurs centaines d’euros.